Anarchistes Ivry

Groupe libertaire d’Ivry-sur-Seine

Projet de loi Besson : un pas de plus (du pied droit) dans la merde

Classé dans : Articles

04
10 | 10

Dans le cadre du Pacte européen sur l’immigration et l’asile (puis de la conférence ministérielle européenne sur l’intégration qui s’était tenue... à Vichy), le ministre Besson a présenté son projet de loi relatif à l’immigration, à l’intégration et à la nationalité, en commençant ainsi : La France reste une terre d’accueil de l’immigration....

Organiser l’immigration légale

C’est le premier volet de l’immigration choisie : l’État détermine qui peut vivre en France et dans quelles conditions en fonction de prétendues capacités d’accueil et surtout des besoins de son marché du travail. En l’occurence, pourront venir les personnes titulaires d’un contrat de travail d’au moins un an, qui gagnent au moins une fois et demie le salaire moyen annuel, et titulaires d’un diplôme de niveau bac + 3 ou plus, ou celles justifiant d’une expérience professionnelle d’au moins cinq ans d’un niveau comparable ; pourront rester ceux qui ne menacent pas l’identité française (tout ressortissant étranger qui s’établit en France a vocation à s’intégrer, puis à s’assimiler) et qui continuent d’être utiles (les migrations temporaires et circulaires (c’est-à-dire les allers-retours) doivent être facilitées) ; alors un immigré pourra avoir la possibilité de vivre en France (après l’entretien d’assimilation assorti désormais de la signature d’une charte des droits et des devoirs du citoyen, servant à apprécier l’adhésion aux principes et valeurs essentiels de la République), l’assimilation aboutissant à terme, à devenir Français – l’acte de naissance des nationaux étant censé tenir lieu de signature d’un tel contrat. On peut aussi redevenir non-Français, la loi étendant les possibilités de déchéance de nationalité.

Lutter contre l’immigration irrégulière

L’autre volet de l’immigration choisie, c’est l’exclusion de tous ceux qui ne correspondent pas aux critères de l’immigration définie comme légale. Le projet de loi vise à combler les failles actuelles : d’après le ministre, pour expulser 25 000 clandestins, il faut en arrêter quatre fois plus. Afin d’être plus efficace, les États européens se sont engagés à mobiliser tous les moyens utiles disponibles : administratifs, techniques (les visas biométriques sont prévus pour 2012), policiers, militaires (Frontex, l’agence européenne de contrôle des frontières extérieures).

Cette loi, qui remplit une partie de ces objectifs, rendra la vie encore plus dure aux immigrés : allongement de la durée maximale de rétention (enfermement en vue de l’expulsion), extension du concept de zone d’attente (endroit où arrivent des étrangers considéré en dehors du territoire français et par là-même dérogeant aux lois qui s’y appliquent), qui existera par la seule présence d’un groupe d’étrangers, renforcement du pouvoir administratif au détriment du pouvoir judiciaire (les recours juridiques étant le moyen le plus courant d’éviter une expulsion), création de nouveaux outils d’éloignement (jusqu’à l’interdiction de territoire européen) et complexification des recours.

La conception française de la Nation

À droite comme à gauche, on défend les valeurs d’une République intégratrice et assimilatrice, qui dépouille l’individu de son identité pour lui substituer une identité nationale, carte à l’appui. Ce document identificateur avec photo fut d’ailleurs utilisé pour les Roms avant d’être généralisé à l’ensemble de la population. Quant au capitalisme, il rabaisse encore les individus au niveau de ressources humaines, jugées en fonction de leurs niveau de formation, degré d’assimilation et valeur sur le marché du travail, l’État législateur permettant le choix, l’utilisation puis le rejet des êtres humains.

Aussi, ce qui paraît à certains un tournant considérable dans la politique d’immigration me semble plutôt une continuité : Peyrefite légalise en 1981 les centres de rétention puis Mitterrand et ses successeurs les font construire et les remplissent, Fabius inaugure en 1985 les expulsions collectives (exécutées humainement) puis Pasqua et les suivants les amplifient. C’est des municipalités de gauche qui aujourd’hui créent des villages d’insertion (clos et surveillés en permanence par des vigiles avec chiens) pour les Roms.

Les mesures sécuritaires à l’encontre des étrangers servent aussi à contrôler la population pauvre quand elle paraît trop dangereuse. Les inassimilables furent tour à tour des Italiens, Polonais ou Français : ce n’est pas le peuple que nous voulons exclure, c’est cette multitude confuse, cette multitude de vagabonds dont on ne peut saisir ni le domicile ni la famille, dit Thiers (en 1850) pour justifier la privation du droit de vote pour les ouvriers contraints de quitter leur région pour survivre à Paris.

La lepénisation des esprits (éditions l’Esprit frappeur)

Ce qui nous choque tellement, c’est sans doute que, depuis trente ans, le vocabulaire et les idées de l’extrême droite se sont tellement répandus qu’ils sont arrivés au pouvoir, incarné aujourd’hui par une droite décomplexée. Pour autant, celui qui est devenu président en reprenant jusqu’aux slogans du FN est surtout adepte de l’esbroufe. L’association La voix des Rroms rappelle ainsi que les expulsions ont été aussi nombreuses les années précédant l’ouverture officielle de la chasse aux Roms.

Dans la perspective du grand show électoral cuvée 2012, les concurrents se préparent : à droite, un mec qui en a ! (comme le dit le porte-parole de l’UMP), face à une gauche en résistance : il faut bien trouver des enjeux pour inciter une fois de plus l’électeur à remplir son devoir civique.

Mots clés : sans-papiers